Agir sur l’organisation du travail pour prévenir l’usure professionnelle

Pour limiter les troubles musculosquelettiques et maintenir dans l’emploi ses salariés les plus âgés, cette entreprise a décidé d’agir sur sa stratégie commerciale. Le principe : s'approvisionner des pièces brutes dans des conditionnements adapté afin de réduire les manutentions en aval.

Présentation

Cette entreprise spécialisée dans le traitement de surface des métaux par électrolyse emploie 20 salariés avec une capacité de traitement de 20 tonnes par jour. L’entreprise a une position de sous-traitant avec très peu de visibilité sur le travail à venir et des délais de traitement de 3 jours.
La recherche continue d’optimisation a conduit à recentrer les missions des metteurs aux bains sur le fonctionnement des lignes engendrant une augmentation de quantités de pièces manutentionnées. Cela amène le dirigeant à s’interroger sur le maintien en emploi des salariés les plus âgés.

Demande de l'entreprise

Depuis 2 ans, le directeur et le délégué du personnel ont engagé un travail pour mettre en place une démarche de prévention des risques professionnels dans l’entreprise en réalisant le document unique d’évaluation des risques accompagné d’un plan d’actions (plus de 50 actions menées en 2 ans).

En 2008, ils souhaitent « lancer une campagne dans le double but de prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS) et de maintenir dans l’emploi les collaborateurs les plus âgés ». Ils nous ont sollicité pour établir un état des lieux des points critiques et les aider à bâtir un plan d’actions.

Démarche

L’intervention a débuté par une réunion avec le directeur et le délégué du personnel pour caler le déroulement. L’information de notre intervention a été assurée à l’ensemble des salariés de l’entreprise par le délégué du personnel.

Dans un premier temps, une analyse de l’activité de chacun des postes de l’atelier de traitement de surface et du magasin a été réalisée. L’objectif était de comprendre en quoi consistait le travail ainsi que les facteurs qui pouvaient générer des troubles musculo-squelettiques (TMS).

Des échanges avec le médecin du travail et le contrôleur sécurité de la CARSAT ont également été réalisés par l’Aract pour connaître leurs constats et priorité d’actions.

Pour faire un retour des constats et travailler sur le plan d’actions, deux réunions ont été organisées avec le directeur et le délégué du personnel.
Deux axes ont guidé la recherche de solutions techniques :
- réduire au minimum les positions avec les bras levés au-dessus des épaules pour prévenir le risque d’atteinte des épaules
- réduire au minimum la prise ou la pose des pièces au niveau du sol pour prévenir le risque d’atteinte du dos.
La recherche de dispositifs pour mettre à hauteur les pièces à manutentionner a donc été généralisée au niveau des entrées et des sorties de ligne ainsi que pour le conditionnement.

Des actions ont également été identifiées sur des aspects organisationnels :
- La poursuite de la démarche de transfert des compétences pour le développement de la polyvalence afin de faciliter la rotation sur les postes et permettre ainsi une diversification des gestes.
- L’engagement des tests prévus pour l’intégration d’une passivation manuelle dans une chaîne automatisée (réduction des manutentions et de l’exposition aux émanations).
- La sollicitation de clients et des fournisseurs de produits chimiques pour connaître l’existence d’autres modalités de conditionnement.

Compte tenu de la position de sous-traitant, l’action la plus emblématique concerne la stratégie commerciale engagée pour faire en sorte que les pièces brutes arrivent dans des conditionnements adaptés réduisant ainsi le reconditionnement manuel. L’intervention a permis de mettre en relation cette action engagée dans un but d’optimisation des moyens avec son incidence sur les conditions de travail (réduction des manutentions).

Un tableau récapitulatif des actions envisagées pour chacun des postes a été validé et affiché à l’attention de l’ensemble des salariés.

Bilan

Le gérant nous a fait remarqué que le travail engagé sur l’ergonomie des postes venait compléter sa réflexion sur l’aménagement de postes en terme de productivité («un plus, pas une contrainte»). Cela a donc encouragé le dirigeant à intégrer les gains pour les conditions de travail dans les projets d’investissements en cours d’analyse par des groupes de travail avec le chef d’atelier et des opérateurs.

Sept mois après la définition du plan d’actions, une réunion de bilan a permis de faire le point sur la mise en œuvre des actions. Nous avons constaté que l’entreprise avait rapidement mis en place un certain nombre de dispositifs de mise en hauteur, que des travaux du technicien maintenance étaient programmés et que des devis étaient demandés. Trois chantiers avec des investissements importants (aménagement de la sortie d’une ligne, aménagement de la zone pour les petites séries et zone de stockage des produits) étaient en attente compte tenu du contexte économique et de l’incertitude sur la poursuite de ces activités.

D’autre part, l’analyse des accidents du travail lors de l’intervention a fait apparaître que sur les quatre dernières années près de 50% avait concerné les intérimaires. Cela a confirmé l’importance du travail engagé sur le parcours d’intégration et le « tutorat » des nouveaux arrivants ; ce travail avait été engagé suite au constat de la difficulté à « fidéliser » les nouveaux salariés La récente arrivée d’une assistante commerciale a d’ailleurs permis de mettre en pratique ce dispositif.

L’intervention a également été l’occasion de rappeler l’importance de réduire le bruit. Cela a notamment conduit à relancer les essais de protection auditive individuelle en complément des actions réalisées suite à l’évaluation des risques professionnels.

D’ores et déjà, le dirigeant a souhaité poursuivre sa démarche de prévention des risques professionnels en travaillant sur l’affichage et les consignes de sécurité au poste en en faisant le sujet principal des réunions avec son délégué du personnel.