Distribution : préserver la santé d'une population vieillissante

Comment préserver la santé de son personnel dont la moyenne d'âge dépasse 40 ans ? Ce supermarché décide de repenser son organisation et son mode de management.
Objectif : éviter une usure prématurée des salariés.                                                                                                                            

Présentation

Ce supermarché appartient à une grande chaîne. Juridiquement indépendant, il partage avec d'autres une centrale d’achat commune, 5 entrepôts ainsi qu’un appui technique juridique, logistique et une charte qualité.
Au prix de lourds investissements, il vient d'intégrer de nouveaux locaux. Il accueille aujourd’hui 13 000 clients par semaine pour un panier moyen de 40 euros. La fréquentation connaît de fortes variations en fonction des périodes de l’année et des jours de la semaine.

Demande de l'entreprise

Consciente du vieillissement de la structure d’âge, la direction souhaite dresser un état des lieux sur les risques potentiels de dégradation de la santé du personnel et de ses effets sur la performance de l’entreprise. Il s’agit notamment d'examiner l'influence de l'âge sur les conditions de réalisation du travail, sur les relations professionnelles et sociales et sur la gestion des ressources humaines.

Démarche

En quoi les conditions de réalisation du travail peuvent être plus difficiles avec l’avancée en âge et générer des problèmes de santé ? En quoi la gestion des ressources humaines favorise ou non le développement et la stimulation des compétences quel que soit l’âge ou à l'inverse créer des ressentis négatifs ? En quoi le mode de management et les relations professionnelles peuvent être source de tension ou au contraire les réguler ?

Ces questions se posent d'autant plus que la pyramide des âges témoigne d'un vieillissement de la population salariée, avec une moyenne d’âge avoisinant les 40/45 ans. 1/3 des personnes occupant les postes de caissières a plus de 50 ans. 9 départs en en retraite sont prévus sur deux ans.

En revanche, il convient de noter l’absence de turn-over, d’absentéisme et de maladies professionnelles reconnues. Pourtant cette branche se caractérise par un nombre élevé d'accidents du travail et de maladies professionnelles en lien avec la manipulation de produits lourds, la vente à la coupe et les gestes répétitifs. A tel point, qu'il est considéré à risques puisqu'en 2 ans, il a connu une hausse de plus de 40 % des maladies professionnelles.(Source CNAM).

La plupart des salariés reconnaissent qu'ils ont des problèmes de santé (douleurs musculaires, fatigue, lombalgie) mais qu'ils ne vont pas jusqu'à les déclarer. En plus des contraintes physiques élevées, les exigences cognitives et psychologiques se sont renforcées à la vente à la coupe, à l'accueil et aux caisses (traçabilité, demande de conseil, écoute...).

Si les accidents du travail et les maladies professionnelles déclarées son rares, l'entreprise doit prendre en compte un certains nombre de facteurs qui, à plus ou moins long terme, pourraient avoir des effets négatifs sur la santé du personnel, sur sa gestion et sur la performance de l'entreprise.

D'abord, l'organisation et les modes de gestion qui tendent à standardiser les pratiques peuvent générer des tensions chez les salariés. Il apparaît chez ces derniers des phénomènes d'usure naturelle (en lien avec l'âge), ou professionnelle (en lien avec l'activité). Les possibilités de reclassement étant faibles, le personnel peut craindre pour son emploi. Ce qui explique que les maladies professionnelles soient sous-déclarées.
Mais les quarantenaires étant les plus nombreux, les symptômes de dégradation de la santé - jusqu'à présents latents et masqués - risquent de se multiplier.

Ensuite, l’entreprise a créé récemment des postes d’encadrement intermédiaire, l'insuffisance de la coordination crée des dysfonctionnements. Il manque des moments en commun pour informer, se concerter. Ce qui peut générer des pertes de temps et des erreurs dans l'organisation du travail ou dans l'information auprès des clients.

Enfin, les facteurs qui permettent de préserver la santé des salariés (appui et soutien social, autonomie, articulation entre vie professionnelle et vie privée et entre poste occupé et centre d'intérêt) sont remis en cause. Le mode de management jouant à la fois sur l'autorité et la familiarité, déstabilise les salariés qui se sentent faiblement reconnus. La dégradation des relations professionnelles et sociales peut créer des tensions et du stress et aggraver le risque d'apparition des troubles musculosquelettiques (TMS).

Bilan

Quatre pistes d'action ont été dégagées :
- renforcer la gestion des ressources humaines à travers des outils basés sur des critères objectifs et instaurer davantage de temps d'échanges individuels (basés sur des critères relatifs au travail attendu et réalisé) ;
- mieux identifier collectivement les informations pertinentes sur lesquelles échanger et renforcer les temps de régulation collectif pour s'informer, se concerter et se coordonner ;
- clarifier les fonctions d'encadrement, de management et de gestion des ressources humaines ;
- travailler sur les enrichissement possibles des tâches de caisse et sur les aides techniques pour réduire les contraintes physiques (ambiance thermique, port de charge...).