Prévenir l’usure professionnelle : Penser les liens entre parcours professionnel et santé au travail

Souvent, l'impact de certains éléments du parcours des salariés sont sous-estimés dans la survenue de l'usure professionnelle ou au contraire la préservation de la santé: leur implication dans la construction de l'entreprise et des savoir-faire, les marges de manœuvre pour innover, les opportunités offertes dans le cadre du développement de la structure, les réaménagements de l'organisation du travail, etc. Dans cette entreprise, la réussite du projet de prévention de l'usure professionnelle bénéficie de l'engagement de tous les acteurs.


Présentation

L'entreprise est leader mondial des solutions d'isolation en laine de Roche. Né de l'activité volcanique et du savoir-faire humain, ce matériau naturel est utilisé selon dans le bâtiment selon des techniques adaptées (sous bardage rapporté, sous enduit, etc.) pour l'isolation des toitures-terrasses, combles aménagés ou perdus.
L'entreprise qui appartient à un groupe danois, compte 600 salariés sur le site d'Auvergne créé en 1980.

Demande de l'entreprise

L'entreprise qui, en matière de santé et sécurité, est par ailleurs structurée est par ailleurs structurée, mène depuis 2008 des actions spécifiques de prévention de la pénibilité. Depuis 4 ans, accompagnée à certaines phases-clés par l'Aract, l'entreprise a fait évoluer sa démarche de prévention et a su mettre en lien les acteurs.

Démarche

En 2008, une commission paritaire est crée. Si elle permet de piloter la démarche, mettre beaucoup d'acteurs autour de la table (direction, membres de CHSCT, représentants du personnel, médecin et infirmière du travail), il faut y ajouter une dimension plus opérationnelle afin de trouver des pistes d'action concrètes. Avec l'appui de l'Aract, des groupes de travail sont mis en place.
Le premier, qui concerne une zone de l'entreprise, est composé d'une dizaine de salariés avec des opérateurs de la zone, des membres de l'encadrement et du CHSCT. Il permet une première expérimentation. Il s'agit, sur cette zone, d'analyser les situations réelles de travail (cf. l'article publié à ce sujet dans le magazine "Travail & Changement") pour comprendre ce qui fait la pénibilité au quotidien. À la suite de ce travail, des actions sont mises en place sur les 3 axes de la prévention : technique, humain et organisationnel. Ensuite, l'entreprise lance de nouveaux groupes de travail, toujours selon la même démarche, en associant les différents acteurs de terrain. Ces groupes sont animés par des salariés relais de l'entreprise qui sont porteurs d'action.

La démarche est alors engagée et l'entreprise identifie des leviers d'action de plus en plus larges. Elle réfléchit, par exemple, aux parcours d'intégration des nouveaux embauchés et des intérimaires. En termes de méthode, elle cherche à déterminer ce qui génère de la pénibilité en s'appuyant sur des indicateurs existants (AT, absentéime) et sur l'expression des salariés. Les résultats des travaux de groupes conduisent ensuite à interroger de nouveaux indicateurs dans le cadre du suivi des conditions de travail et de la pénibilité tels que le taux d'encadrement des intérimaires, le taux de rebus, le nombre d'incidents techniques…

Interroger les situations réelles de travail en impliquant les salariés, mettre en place des actions et des indicateurs de suivi des conditions de travail, voilà les fondements de la démarche. Mais en matière de prévention de l'usure professionnelle, il s'agit aussi de considérer ce qui se passe dans le temps et dans le parcours des salariés. En travaillant sur les situations de travail à l'instant T, on voit aussi que d'autres enjeux se jouent autour des parcours professionnels (qu'un nouvel embauché d'aujourd'hui n'aura pas le même parcours qu'un nouvel arrivant en 1980, et que les conséquences sur la santé ne seront pas les mêmes). Alors, qu'est-ce qui détermine le parcours professionnel, les conditions de travail tout au long du parcours professionnel, les formes de pénibilité rencontrées et ressenties ?

C'est ce sujet que l'Aract propose d'approfondir pour élargir le champ des possibles en matière de prévention de l'usure professionnelle, et cela se fait dans le cadre d'une étude. Les constats sont les suivants: dans l'entreprise, les parcours sont accompagnés, avec par exemple, des entretiens annuels, de la formation, du bilan de compétence... Mais hormis dans le cadre des reclassements (pour restriction d'aptitude), il y a encore peu de lien entre la gestion des parcours et la santé au travail. Cette question se pose particulièrement au regard de l'allongement de la vie professionnelle.

Certains éléments recueillis lors d'entretiens montrent que différents facteurs (implication des salariés dans la construction de l'entreprise, marges de manœuvre pour innover, opportunités offertes dans le cadre du développement de l'entreprise…), qui ont aidé à la construction de parcours professionnels valorisants, tendent à être moins présents aujourd'hui. Certains indicateurs en témoignent. Ces déterminants jouent au même titre que d'autres (formation et qualification, évènements et organisation de la vie personnelle…) et sont aussi à considérer pour favoriser des parcours préservant la santé.

Bilan

Ce qui est important ici, c'est le cheminement de l'entreprise sur 3 années et sa capacité à élargir le champs des possibles en matière de prévention et d'organisation de la prévention. L'association d'acteurs de la santé au travail, de la sécurité, des RH, des salariés et de leurs représentants permettent cette progression.

Dans un contexte réglementaire qui incite à travailler sur la pénibilité, les seniors, l'égalité professionnelle, (l'EVRP, les RPS), l'enjeu pour l'entreprise est une approche globale de la qualité de vie au travail.