Prévention des risques professionnels : agir en amont et en aval des postes

Les postes de redresseurs d'une fabrique de gros ventilateurs sont particulièrement exposés aux risques. Faute de pouvoir agir efficacement sur les équipements et les postures, l'entreprise entreprend de réduire l’exposition aux risques en se concentrant sur l’amont du poste (qualité des pièces formées) et l’aval (compétences des soudeurs).

Présentation

Cette entreprise de la métallurgie est spécialisée dans la fabrication de ventilateurs centrifuges destinés aux industries, aux cimenteries et aux centrales thermiques. Ses produits sont de grande taille et non standardisés, ce qui lui confère une activité proche de l'artisanat. Pour faire face aux fluctuations d'activité importante, l'entreprise a recours à l'intérim. On trouve 2 types de métiers : les chaudronniers et les soudeurs.

Demande de l'entreprise

Face à une problématique de pénibilité des postes de travail et devant les premiers signes patents de TMS (troubles musculosquelettiques), la direction souhaite un appui pour améliorer ses conditions de travail et réduire la pénibilité des postes, notamment pour les opérations de redressage. Sur les conseils de l'inspecteur du travail, elle fait appel à l'Aract Bourgogne.

Démarche

Pour la fabrication d’un ventilateur, des pièces d’acier doivent être découpées puis formées à l’aide d’une presse avant d’être assemblées par soudure. Des opérations de redressage des pièces sont nécessaires à différents stades du process afin d’adapter aux dimensions les pièces à souder et celles déjà soudées.

Les opérations de redressage sont effectuées à l’aide d’un marteau pneumatique ou d’une masse dans une cabine de calibrage afin de limiter le nombre de salariés exposés au niveau sonore important (supérieur à 120 dB). Les facteurs de risque sont liés au bruit et aux vibrations générées par les outils mais aussi aux postures et aux efforts. Les pièces d’acier sont de grande dimension ce qui oblige souvent les opérateurs à adopter des postures contraignantes qu’ils doivent maintenir. Les bras sont tendus, au-dessus de la ligne du cœur et les opérateurs travaillent souvent le dos courbé voire plié en deux ou sur les genoux.

Ces facteurs de pénibilité sont d’autant plus importants que la durée d’exposition est longue. Celle-ci varie de façon conséquente, de 15 min à 3h, en fonction de la matière première mais aussi des opérations effectuées sur celle-ci, en particulier le formage et la soudure.

Les caractéristiques de l’acier (épaisseur, planéité, résistance) vont avoir une incidence sur le temps de redressage. Celui-ci va également dépendre de la précision du formage lequel est lié à la qualité de l’acier et à la presse de formage, équipement apparemment ancien qui fonctionne parfois en surcapacité. Il est à noter qu’une partie du formage est sous-traitée. Dans ce cas, la durée de redressage est très courte.

Enfin, la technique de soudure influe sur le temps de redressage car elle provoque des déformations des pièces en particulier lorsque son intensité est importante.

Suite aux problèmes de santé liés à ce poste, le médecin du travail a préconisé de le limiter à 2h par jour et par opérateur. Cependant, dans un souci de suivi et de qualité du travail, les opérateurs souhaitent réaliser le redressage de leurs pièces en entier ce qui les amène à dépasser les recommandations du médecin du travail. D’autre part, lorsque l’entreprise a recours au travail temporaire, ce poste est majoritairement tenu par une seule personne en intérim.

Les soudeurs sont également soumis à des contraintes physiques fortes.
Le risque de TMS ainsi que les émanations de fumées représentent les deux risques majeurs.
Pour améliorer la prévention du risque lié aux fumées de soudure, l’entreprise teste l’utilisation de torches aspirantes. Bien que leur efficacité vis-à-vis du risque chimique soit indiscutable, leur poids et leur condition d’utilisation accroît dans certaines situations le risque de TMS.

Bilan

Compte tenu de la diversité des pièces, des aménagements de poste ne permettront pas de réduire de façon satisfaisante la pénibilité.

L’intervenant a proposé plusieurs pistes d’actions privilégiant la réduction du temps de redressage des pièces en agissant sur l’amont (rendre plus performant le formage et/ou agir sur la qualité de la tôle), en agissant sur l’aval en améliorant les techniques de soudure et en agissant sur le poste.
D’autres pistes ont concernées le développement des savoir-faire en interne pour parfaire les compétences des soudeurs et l’adaptation de l’utilisation des torches aspirantes aux situations de travail afin de ne pas déplacer un risque (chimique) vers un autre risque (TMS).

Engagée dans une démarche d’améliorations des techniques de soudure, l’entreprise a pris en compte les éléments soulignés et les intégrera dans cette démarche. L’entreprise envisage également de réaliser une étude économique pour le changement de la presse de formage.