Risques professionnels : former les salariés pour préserver leur santé… sans modération

De la vigne au vin, il s’en passe des choses dans les processus de vinification dans une cave. Pourtant, du traitement de la vigne jusqu’à la commercialisation du produit fini, la modernisation des moyens de production n’a pas éradiqué la pénibilité de ce travail. De même l’organisation du travail sans cesse repensée pour tenir la qualité et les délais oblige les salariés à faire preuve de compétences actualisées pour garantir la compétitivité de la coopérative face à une concurrence de plus en plus forte d’abord au sein même du territoire, puis au niveau mondial avec les nouveaux pays producteurs. Et ce parfois aux dépens de leur santé…
C’est pour impliquer tous les salariés dans l’amélioration de la qualité de vie au travail que cette coopérative choisit de les inscrire dans une «formation-action».

Présentation

Cette cave coopérative est implantée sur son territoire depuis plus d’un siècle et bénéficie d’une solide notoriété dans le département. La cave emploie 6 salariés et 76 viticulteurs l’approvisionnent en période de vendanges. Un encépagement de 341 hectares répartis sur un vaste territoire et une production moyenne de 22000 hectolitres permettent à la cave de produire diverses appellations: AOP en Provence, IGP Var, Argens, Verdon.

Demande de l'entreprise

Au démarrage de l’action, la cave disposait d’un Document Unique d’évaluation des risques professionnels (DU) approuvé en conseil d’administration mais non actualisé au regard des travaux effectués et des modifications apportées notamment par l’installation de nouvelles machines ; de plus il n’était pas finalisé, certaines unités de travail n’ayant pas été abordées.
L’administration de l’entreprise a souhaité profiter de la mise en place d’une action collective pour retravailler sur le Document Unique et intégrer la prise en compte de l’activité réelle de travail dans ses projets de conception.

Démarche

À la suite du constat effectué en 2011 par la fédération des Vignerons coopérateurs du Var, la MSA Azur Méditerranée et ACT Méditerranée, d’un déficit de mobilisation sur les questions de prévention des risques professionnels dans le secteur des coopératives viticoles dans le département du Var, la décision a été prise de mettre en place un accompagnement collectif sur la thématique.
Le format retenu pour cette action a été celui des «ateliers de la prévention des risques professionnels», à savoir une formation-action permettant aux entreprises de bénéficier d’un accompagnement individuel mais également d’un cadre d’action collectif (réunions collectives).
La mobilisation d’OPCALIM Coopération Agricole, l’OPCA du secteur, a permis à de petites entreprises (souvent moins de 10 salariés) de prendre part à l’action et de bénéficier d’un accompagnement sur mesure, en fonction de leurs problématiques propres.
L’action d’accompagnement individuel et collectif a été pilotée par ACT Méditerranée qui a également accompagné de manière individuelle la cave dont il est question ici. Les 5 autres caves ayant pris part à l’action ont été accompagnées par un consultant ergonome.

L’assistante administrative de la cave a naturellement été nommée référente de l’action, du fait de son rôle pivot dans le fonctionnement de la cave. Faute de directeur, l’assistante est le lien entre le conseil d’administration (en particulier le président), et les salariés. Elle s’est fait épauler par le caviste, notamment pour sa connaissance des activités sur chaque unité de travail, et du président pour l’aspect décisionnaire lors de l’élaboration du plan d’actions. Le médecin du travail et le préventeur sécurité de la MSA ont été associés à l’ensemble du projet et ont participé à plusieurs réunions de travail. L’ensemble des salariés a été rencontré lors des phases d’analyse de l’activité de travail. Un plan de communication amont/aval sur l’action a été élaboré et mis en œuvre au préalable à son lancement.

La première phase de l’accompagnement a consisté à identifier plus précisément les unités de travail existantes dans l’entreprise, en intégrant dans la réflexion, notamment les périodes d’activité intense, comme la période des vendanges durant laquelle 9 CDD viennent renforcer l’effectif, et les locaux situés en dehors du périmètre stricte des bâtiments de la cave (caveaux de vente localisés dans d’autres villages alentours). L’unité de travail sélectionnée pour la suite de l’action fut celle de la «production», incluant les activités de réception, pressurage, centrifugation).

Après avoir identifié les risques présents sur chacune des phases de travail, des analyses ont été menées sur le terrain (observations), afin de percevoir au mieux les conditions d’exposition aux facteurs de risques et dangers envisagés. Ces éléments de terrain ont également permis d’enrichir l’identification des risques, mais également d’ajuster la pondération de chacun des critères d’évaluation des risques «au plus près de la réalité». Une fois le consensus trouvé autour de l’évaluation des risques sur cette unité de travail, un plan d’actions de prévention a été développé. Cette phase a permis de mettre à plat notamment les questions en lien avec l’organisation du travail lors des phases d’activité intense (vendanges) et de réfléchir à des solutions de type techniques, notamment relativement à la mesure de l’exposition au dioxyde de carbone. Des questions sur la formation et sur les EPI mis à disposition des nouveaux ou des intérimaires ont également été abordées.

Bilan

Le mode d’accompagnement proposé (formation-action) a parfaitement répondu aux attentes de la cave dont le souhait était de monter en compétence sur les questions de prévention des risques, mais également de rendre son Document Unique plus opérationnel.
À l’issue de l’action, un plan de transfert de l’action sur les autres unités de travail de la cave a été élaboré, piloté par la référente. La création d’une unité de travail supplémentaire, à savoir «l’assistante administrative», a même déjà été envisagée.
Enfin, l’association de la MSA au déroulement de l’action a permis à la cave de mieux appréhender les aides dont cette dernière pourrait bénéficier en matière d’investissements et un contrat de prévention a été engagé pour les trois années à venir.