Transmettre les savoir-faire : un mode de reconnaissance au travail

Implantée sur le marché de niche de l'ameublement de luxe, cette entreprise spécialisée dans le tissage de soierie doit sa pérennité au savoir-faire de ses salariés. En intégrant l'apprentissage à son processus de production, elle assure la transmission des compétences tout en valorisant son personnel.

Présentation

Implantée depuis près de 2 siècles, cette entreprise réalise du tissage de soieries pour un marché de niche : l'ameublement de luxe. De renommée mondiale, elle exporte 70 % de ses produits et vend à des clients prestigieux. A mi chemin entre l’art et l’artisanat, son savoir-faire ancestral repose sur des compétences détenues par les salariés.

Demande de l'entreprise

La dirigeante constate un double phénomène : les salariés les plus anciens semblent davantage absents au sein de la production et les nouveaux embauchés ne restent pas dans l’entreprise. Absentéisme, turn over perturbent le bon fonctionnement de la fabrication.
L'entreprise engage une opération d'optimisation et de pérennisation des compétences en travaillant sur la reconnaissance au travail des opérationnels. Pour mener cette action, les acteurs doivent échanger sur les compétences et mettre des mots sur les savoir-faire qui font la valeur ajoutée de l’entreprise.

Démarche

Intégrer l’apprentissage dans le processus de production : cette méthode permet de ne pas perturber la fabrication. L’apprentissage s’appuie sur une équipe tutorale plutôt que sur le binôme classique expert/novice. Cette approche présente 2 avantages : elle favorise une meilleure flexibilité dans le mode d’apprentissage et permet à l’apprenant de s’approprier les différentes  pratiques professionnelles existantes dans l’entreprise.

Concerté entre la direction, les encadrants et les opérationnelles, tout ce travail permet de garder les compétences clés au sein de l’entreprise. Il a également un effet sur les salariés qui transmettent leur savoir-faire à leurs collègues : une véritable reconnaissance du travail.

Cette reconnaissance se situe à plusieurs niveaux. La première dimension est personnelle : à mesure qu'elles verbalisent les compétences critiques, les salariées découvrent en elles un véritable professionnalisme. Elles prennent conscience de la valeur de leur propre  travail, de la qualité technique de leurs gestes professionnels et de la valeur ajoutée  qu’elles apportent à l’entreprise.

La seconde dimension se situe davantage au niveau du collectif : la reconnaissance par les pairs. L’entreprise présente une culture hybride entre l’art et le compagnonnage. Une des valeurs apparentes du secteur est le savoir-faire technique : lorsqu'un salarié est compétent, il acquiert la reconnaissance de ses pairs à partir d’un certain temps d’exercice de l’activité.
Grâce au groupe de travail, le collectif se recompose et la coopération entre salariés se renforce notamment avec les nouveaux arrivants. De plus, la formalisation des compétences permet à chacun d’acquérir une connaissance des savoir-faire spécifiques de ses collègues.

La dernière dimension repérée est celle de l’entreprise et plus spécifiquement de la direction. Pour favoriser la transmission, le processus de production est formalisé. La dirigeante met en œuvre la délégation notamment aux managers et se concentre sur des activités plus stratégiques. Elle n’intervient plus dans le processus de fabrication car elle a su instaurer une véritable relation de confiance avec ses salariés. De plus, elle souhaite mettre en place une valorisation financière pour les salariés transmetteurs durant la période de tutorat. Une façon de montrer l'importance de la transmission des savoir-faire dans l'entreprise et de marquer un peu plus de reconnaissance envers ces salariés.

Bilan

Cette action qui, dans un premier temps, visait à pérenniser l’activité de l'entreprise dépasse l'objectif. Grâce à la volonté du dirigeant, cet accompagnement a permis de redonner du sens au travail des salariés et de faire renaître le dialogue social. La reconnaissance au travail est l’un des effets de la transmission des savoirs lorsque cette dernière se réalise en interne de façon concertée en collaboration avec les managers mais aussi les opérationnels.
Cette démarche a permis, également, à la direction de favoriser le maintien en emploi des plus expérimentés en les intégrant dans le projet de l’entreprise.
Enfin, en consacrant une partie de son temps à la formation, les salariés de l'équipe tutorale réduisent leurs gestes répétitifs.